Festival des Langues 2026
La quatrième édition du Festival des Langues de l’université Paris 8, porté par son UFR Langues et Cultures étrangères et en collaboration avec la Semaine des Langues de la Bibliothèque Universitaire, a pris cette année pour thème les Exils et les Migrations, une thématique forte de l’établissement qui s’apprête, à partir de septembre 2026, à inaugurer sa nouvelle offre de formation. À l’UFR Langues et Cultures Étrangères, la question des exils et des migrations interpelle directement les équipes scientifiques et pédagogiques : ces thématiques sont structurantes pour plusieurs de nos équipes de recherche, et se projettent, dans l’expérience quotidienne de nos formations, dans un plurilinguisme et une interculturalité dont nous avons fait une pierre angulaire de nos approches pédagogiques avec des publics très largement polyglottes. Les trois journées du Festival constitueront à nouveau un temps de valorisation des langues et du plurilinguisme sur le territoire et sur le campus de Saint-Denis, de ses locuteurs et locutrices ; elles seront, encore, un temps de recherche pédagogique et scientifique sur la médiation créative des langues, dans les rapports sociaux contemporains.
La question des langues dans le contexte migratoire est un impensé lourd du côté de l’ingénierie des formations universitaires. On pourra s’étonner en effet que, dans la fiche nationale qui sert de cadrage aux Masters « Migrations », la question linguistique ne soit abordée qu’en une seule compétence, à savoir : « communiquer à des fins de formation ou de transfert de connaissances, par oral ou par écrit, en français et dans au moins une langue étrangère », héritage d’une tradition latine qui voit la langue comme medium, véhicule d’informations transférables à moindre perte de langue en langue. La réduction des langues à un outil communicationnel, qui a partie liée avec les croyances dans la traduction simultanée et à l’infini permise par l’IA, fait un affront considérable à ce qu’est une langue pour le locuteur ou la locutrice qu’elle a institué en sujet parlant, dans le maillage des voix qui l’ont précédée, dans laquelle il ou elle rêve seul.e. La dimension logistique de la coopération internationale, gestion biopolitique et administrative des trajectoires de vie des personnes en situation d’exil ou de migrations, obère la reconnaissance de l’altérité, qui est d’abord altérité linguistique, au fondement des possibilités de l’hospitalité, qui ne va pas avec la fiction, celle de l’IA, de la répétition du « même » répété dans un autre code linguistique. Ce que l’on prétend fixer, consciemment ou non, est mouvement créatif, socle des pratiques sociales passées et à venir : une langue, ça vit, c’est toujours déjà « la langue de l’autre » et ça « n’appartient à personne » (Jacques Derrida).
Le Festival des Langues abordera les thématiques des exils et des migrations en projetant ces grands enjeux de l’ordre régional et mondial contemporain dans la profondeur des langues et des cultures, des modes de subjectivation qu’elles façonnent. Il sera l’occasion, à nouveau, de problématiser les langues et les dynamiques inclusives que l’actualité fragilise lourdement. Les trois journées permettront de participer à la structuration de l’offre de formation à l’UFR et au-delà, à la rencontre des acteurs impliqués dans les formations portant sur les coopérations internationales, les migrations et les exils de notre environnement institutionnel et universitaire, en les réunissant autour de tables rondes et conférences et d’ateliers nombreux ouverts à tous et toutes, avec des acteurs territoriaux. L’équipe pédagogique et scientifique réunie dans ces journées tient ainsi le pari d’une saisie collective des enjeux du plurilinguisme actuellement, en tant que lieu où des logiques structurantes des citoyennetés contemporaines, le plus souvent excluantes, s’établissent et s’affermissent.
La 4e édition du Festival tient également un autre pari : celui d’ouvrir le Campus à des publics extérieurs, mais aussi de faire entrer les arts, les sciences telles qu’elles sont pratiquées en France et ailleurs, dans nos formations, et de les rendre accessibles à nos publics étudiants, le festival devenant un espace de découvertes d’horizons, de rencontres et de partenariats, d’amitiés et de convivialité qui s’y construisent, et transforment l’expérience étudiante sur le campus de Saint-Denis. Cette 4e édition est portée par une équipe d’une trentaine d’étudiants et d’étudiantes volontaires qui s’y sont engagés pleinement pour en porter et en enrichir la programmation, aux côtés des laboratoires et des départements nombreux qui sont rassemblés dans ces journées, à l’UFR et au-delà.
Le Festival s’inscrit dans la Saison Méditerranée de Paris 8, et consolide ses partenariats dans l’établissement – avec les lettres, les arts, la linguistique, la psychanalyse notamment – et au-delà, avec le Rectorat de Créteil et ses acteurs pédagogiques dans les établissements du second degré, avec les Médiathèques de Plaine Commune, le Campus Francophone, la Maison des Langues et des Cultures d’Aubervilliers, le festival Histoires Communes, les Souffleurs d’Aubervilliers, entre autres, et bénéficie du soutien de l’Institut Camões et de l’Institut Ramon Llull, pour la promotion du portugais et du catalan sur le territoire et dans l’université française.
C’est par la poésie et les langues que l’on abordera, pendant ces journées, les exils et les migrations, avec un Festival qui s’ouvrira à la manière de ce « songe de printemps », versé au Trésor Municipal et Mondial d’Aubervilliers, un rêve de printemps, une langue imaginaire, celle d’une autre scène incarnée dans les mots éprouvés dont la vérité résonne dans l’après-coup. Bon festival à tous et toutes !
Le songe de printemps
[…]
Songe
Aujourd’hui c’est le printemps
Et les enfants de chez nous, clandestins, aux frontières, dans les rues et les ruelles occupées
Ne peuvent être tués
Songe
Aujourd’hui c’est le printemps
Et que personne n’est opprimé
Personne n’a faim
Et que personne n’est exilé
C’est-à-dire qu’il n’y a ni occupant ni occupé
Songe
Aujourd’hui c’est le printemps
Que le fleuve coule à nos côtés et je nous allume un feu
Tu te tresses les cheveux
Et avec la voix d’un rossignol, pas loin, à tes oreilles je chuchotte notre histoire
Songe
Aujourd’hui c’est le printemps
Je pense à toi, à tous les temps de l’histoire, en prison, dehors, en exil
Face à l’horizon lointain et dans chaque beauté de l’univers
Songe
Je ne fais que penser à toi
Ce printemps je songe que toi aussi tu penses à moi
Et mon monde tourne selon les saisons de ton amour.
